Lundi 18 mai 2009
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« On ne voit bien qu'avec le cœur. L'essentiel est invisible pour les yeux »
« Savez-vous que beaucoup de papillons disparaissent et qu'une inquiétude s'installe dans les milieux scientifiques ? Pour l'instant, dans mon jardin ils batifolent nombreux à chaque
rayon de soleil. »
A chacun sa vérité ! Celle de Rosemonde Dargentolle est celle de l'amoureuse.
Rosemonde nous convie et nous invite là, à cet endroit précis, où tout est possible, le vrai et le faux, la nature et la contre-nature, dans son jardin extraordinaire où se frôlent l'éphémère et
la permanence, le fragile et le solide, l'infiniment petit et l'infiniment grand, le dit et le non-dit, l'abstrait et le concret, l'ouvert et le fermé, le clos et l'éclos ; le dedans et le
dehors, la liberté et la détention, le tout et le rien, soi et les autres, la vie et la mort...
Car tout ne tient qu'à un fil.
On ne pénètre pas l'univers de Rosemonde sans métamorphoses : on perd quelques centimètres, on perd quelques années, on perd quelque arrogance, on perd quelques certitudes, on gagne en
légèreté, on gagne en sagesse, on gagne un voyage : l'émerveillement pour qui comme l'enfant sait jouer avec le conditionnel.
Si tu ne souffles pas, rien ne se passe, si tu souffles trop fort jusqu'à la tempête tout disparaît, si tu souffles au rythme des battements de ton cœur, tout apparaît.
« On ne connait que les choses qu'on apprivoise », disait le renard au Petit Prince (1)
Rosemonde est une collectionneuse de petits bouts de fils, de verre, de perles, de lacets, de papiers, de coton, de percale, de doré, d'argenté, de petits bouts de riens qu'elle capture et
apprivoise à sa manière, pour nous redonner la valeur de chaque chose, un peu comme le faisaient nos aïeux quand ils conservaient et s'excusaient de leurs gestes anachroniques en disant :
« au cas où..., on ne sait jamais..., cela peut servir... ».
L'utilitaire n'est pas ce que recherche Rosemonde, elle prête une vie aux choses car elle partage aussi le même secret que le renard quand il dit au Petit Prince avant de le quitter :
« On ne voit bien qu'avec le cœur. L'essentiel est invisible pour les yeux ». (1)
L'exceptionnel n'est pas non plus ce que recherche Rosemonde, mais en donnant vie à l'ordinaire, elle fait une œuvre exceptionnelle, interpelle et s'inscrit dans une démarche contemporaine qui
fait de l'artiste et du spectateur un couple convié pour un temps, dans un huis clos, à une cérémonie sacrificielle.
Qui aurait parié toucher à l'essentiel en sacrifiant des « mis-au-rebut » pour un immense rébus, où chacun (re)découvre qu'on n'est peut-être jamais plus libre qu'enfermé, qu'être
responsable, c'est connaître ses limites, ses droits et devoirs, ses pouvoirs et ses interdits, que la liberté de chacun s'arrête où celle de l' autre commence, que toute vie est dépendante de
celle des autres et que si un fil de l'édifice vient à casser, c'est tout l'ensemble qui devient malade.
Qui aurait parié surprendre un tel vol de papillons dans l'espace clos d'une exposition, sinon un visiteur passé sous le charme d'une magicienne, Rosemonde Dargentolle.
Annick Debien
Commissaire d'expositions
Château de Saint-Auvent-87310-Saint-Auvent
(1)Le Petit Prince d'Antoine de Saint-Exupéry
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